13ème édition des Jeux africains : catalyseur du nouveau paysage sportif ghanéen
Plus qu’un événement sportif, l’organisation de la 13ème édition des Jeux africains Accra 2023 par le Ghana en mars 2024 a marqué un tournant décisif en faveur du développement du sport dans ce pays. Pendant plusieurs années, le Ghana ne disposait que des infrastructures sportives inappropriées, inférieures aux normes requises, le football étant la seule discipline sportive bénéficiant des installations sportives répondant aux standards internationaux. D’autres disciplines sportives en revanche disposaient de très peu ou où même pas du tout d’infrastructures modernes, ce qui limitait leur développement et leur niveau de compétitivité à l’échelle internationale. L’avènement des Jeux africains en 2023 a radicalement changé la donne.
D'un état déficitaire à des infrastructures de classe mondiale
Avant les Jeux de 2023, les infrastructures sportives du Ghana avaient grand besoin de se refaire une beauté. Aujourd'hui, le pays dispose d'installations de classe mondiale, lesquelles le placent en pole position en matière d’organisation et d’accueil de tournois internationaux.
Au cœur de cette transformation se trouve le complexe sportif de Borteyman, qui a complètement métamorphosé les conditions d’accueil des événements aquatiques et multisports. Cet édifice sportif ultramoderne comprend une piscine de compétition d’une capacité de 1 000 places, une salle de sport polyvalente, un dôme temporaire et un complexe doté de cinq courts de tennis avec un court central d’une capacité de 1 000 places. Ces installations ont rapidement prouvé leur valeur, en accueillant des tournois majeurs tels que les championnats africains de la zone aquatique II, le championnat national de natation et le tournoi de badminton de Borteyman.
De même, les installations sportives de l'université du Ghana ont fait l'objet d'importantes améliorations. Le stade de 10 000 places, le nouveau terrain de rugby et la piste d'échauffement pour l'athlétisme ont donné au Ghana de nouveaux arguments pour prétendre à l'organisation d'événements internationaux. Les championnats d'athlétisme d'Afrique de l'Ouest et le tournoi U-17 de la zone B de la WAFU s'y sont déjà déroulés, ce qui confirme l'importance de ces installations.
En outre, le Village des Jeux a été rénové et amélioré avec quatre résidences pour l'UGEL afin d'accueillir confortablement les athlètes. Avec 1 776 chambres, deux dômes pour les repas et un centre médical, cet investissement est devenu un centre d'entraînement de haute performance cruciale pour les athlètes ghanéens qui se préparent à participer à des tournois internationaux.
Une aubaine pour les sports moins populaires
Pour les fédérations sportives du Ghana, l'un des plus grands défis a toujours été l'accès aux équipements. Les Jeux africains ont favorisé l’acquisition des équipements de compétition de premier ordre pour 23 disciplines sportives, ce qui est inédit dans l’histoire sportive de ce pays. Ce coup de pouce a propulsé des disciplines telles que le badminton, l'haltérophilie, le bras de fer, le basket-ball et le tennis de table, qui ont désormais accès à des équipements de niveau international pour les séances d'entraînement et les compétitions.
Au-delà des infrastructures et des équipements, les Jeux ont offert aux responsables sportifs, aux bénévoles et aux administrateurs ghanéens une occasion rare d'acquérir une expérience inestimable en travaillant aux côtés de professionnels internationaux. L'impact a été immédiat. A titre d’exemple, plusieurs personnalités ayant joué un rôle dans l'organisation des Jeux ont pu décrocher des postes importants. C’est par exemple le cas d’Emmanuel Annor, qui a joué un rôle déterminant dans le volet relations internationales pendant les Jeux, et qui est aujourd'hui chargé du protocole à l'ambassade de France au Ghana. C’est aussi le cas de M. Reks Brobby, directeur adjoint des opérations, qui a rejoint le Comité technique des 14èmes Jeux africains prévus au Caire en Égypte en 2027. Nous pouvons également mentionner les cas de Wonder Goldry Sitsofe Mandel, responsable de la recherche sportive et de la gestion de l'information, qui est désormais assistante spéciale du ministre des Sports et des loisirs, tandis qu'Oscar Cornelius Nyanyo Nyanyofio, coordinateur du bureau d'accréditation, qui est désormais responsable de la conception de produits au sein d'une société informatique.
L'effet d'entraînement économique et social
L'impact des Jeux africains s'est étendu bien au-delà du sport, créant des avantages économiques et sociaux durables pour le Ghana.
Les Jeux ont attiré d'importants investissements étrangers et locaux, avec des investissements étrangers directs (IED) considérables dans le pays. Cet élan économique s'est manifesté dans les chiffres relatifs à l'emploi : plus de 3 000 Ghanéens ont été temporairement employés à divers postes, qu'il s'agisse d'ouvriers du bâtiment, de personnel d'organisation d'événements, de personnel de restauration ou de personnel de sécurité.
Les secteurs de l'hôtellerie et du tourisme ont prospéré, car l'afflux d'athlètes, d'officiels et de supporters s'est traduit par des hôtels bondés, une augmentation de la fréquentation des restaurants et un essor des services de transport. En ce qui concerne les jeunes volontaires, les Jeux leur ont permis d'acquérir une expérience pratique de la gestion d'événements, de la logistique et des opérations techniques, avec comme effet induit le développement des compétences pour de futures carrières.
S’agissant des compétitions, les athlètes ghanéens sont entrés dans l'histoire. Se produisant pour la première fois devant des foules immenses, ils ont prospéré sous les feux de la rampe, remportant un nombre record de 69 médailles, soit le plus grand nombre de médailles jamais remportées par le Ghana lors des Jeux africains. L'impact sur la culture sportive du pays a été immense, confirmant ainsi que le fait de se produire à domicile peut changer la donne.
Un héritage pérenne
Longtemps après la cérémonie de clôture, l'impact de la 13ème édition des Jeux africains continue de se faire sentir. Les installations continuent d’être utilisées et servent de base d'entraînement aux athlètes dans de nombreuses disciplines sportives. Des équipements de niveau international ont permis d'élever le niveau de performance des sports moins populaires. Les professionnels qui ont acquis de l'expérience pendant les Jeux africains continuent à apporter leur contribution dans l’administration du sport aux niveaux les plus élevés.
C’est dans ce sillage que l’on peut véritablement évaluer l’héritage réel des Jeux africains pour le Ghana. Il ne s'agissait pas d'un simple événement sportif, mais d'une transformation, d'un développement et d'un positionnement du Ghana en tant que puissance sportive. A mesure que le pays poursuit sa marche en avant, ces œuvres mettent en exergue le plein potentiel que l’on peut réaliser lorsque des facteurs tels que l'investissement, la planification et l'exécution se conjuguent et s’inscrivent dans une vision unifiée.
Aussi, peut-on affirmer que les Jeux africains de 2013 n'étaient pas seulement une compétition, mais une révolution. C’est en reconnaissance de cet investissement significatif réalisé par le Ghana dans la sphère des infrastructures sportives, que la ville d'Accra a été déclarée Capitale du sport africain par la Conférence des ministres des sports de l'Union africaine, et ce jusqu'à la tenue de la prochaine édition des Jeux africains en 2027.

